28.10.2007

Présent’action

« Acte(s) là! » est un collectif de travailleurs sociaux en formation à l’Institut St Simon de Toulouse.

Nous nous inscrivons dans une vision critique et réflexive de nos formations et de nos pratiques professionnelles, toutes deux induites par les politiques et la commande sociale.

Le mode de fonctionnement de ce collectif est basé sur l’échange, la coopération et le consensus.

Les réunions sont organisées hebdomadairement, elles rassemblent le comité de pilotage ainsi que des personnes souhaitant participer aux débats.

Votre participation n’est pas simplement liée à votre présence. Vos écrits, vos témoignages, vos réflexions, vos observations sont autant de suggestions qui viendront alimenter notre démarche. Elles feront l’objet de toute notre attention et seront publiées sur le blog après décision du comité de pilotage, comme tout acte posé par le collectif (contact : acte-s-la@hotmail.fr).

 

 

 

                                                                                         

Acte(s) là !

Nous voilà rassuré(e)s…

Lors du dernier Conseil de la Vie Sociale, le 11 octobre 2007, Mme Tutard, directrice de l’institut St Simon, a confirmé aux représentants de promotions qu’un audit était en cours au sein de l’établissement. Elle a pris le soin de nous signifier les motivations ayant induit une telle décision et nous a assuré qu’un « élève » serait auditionné.

« Elève » -nous préférons stagiaire- qui « représentera » l’ensemble des individus en formation, tous sites, tous statuts et toutes filières confondus. Ni plus, ni moins.

Les délégués de promotion ont, alors, manifesté leur mécontentement face à la modeste considération de la parole des stagiaires, d’une part, et face au choix de laisser faire le hasard dans la sélection du stagiaire ultérieurement entendu, d’autre part.

Suite à ça, il a été décidé de nommer un des stagiaires présent dans l’assemblée. J’ai, de ce fait, été convoqué, le mardi 16 octobre 2007, pour exposer le point de vue de l’ensemble des stagiaires en formation.

 

Durant cet entretien, il m’a été expliqué, par le représentant du cabinet de conseil, que face à un déficit budgétaire récurrent, l’ARSEAA (association gestionnaire) avait commandé cet audit dans le but de proposer des outils permettant une meilleure gestion de l’institut. Il a ajouté que c’est à sa demande qu’un « utilisateur » du prestataire de formation était entendu ; puisque nous sommes à la fois sa « production » et l’un de ses financeurs.

Il m’expliqua que l’enjeu de cette analyse organisationnelle était de répondre à la question suivante : « comment être en mesure de fournir des offres de formation équivalentes dans le cadre du contexte actuel ? ». Sous-entendu, contexte financier.

Malgré cela, il affirma que l’entrée principale ne se situait pas d’un point de vue financier, mais « opérationnel ». Il ne s’agit pas (encore) de garantir des ratios investissements-bénéfices, mais tout simplement de bien « gérer », de bien « administrer », de rationaliser. En un mot, bien « manager ».

Face à mes inquiétudes, il me garantit que les effets ne se feront pas sentir sur un plan pédagogique puisque sa mission ne prend pas en compte et ne remet pas en cause le contenu pédagogique de nos formations. Ainsi, les fondements historiques, théoriques et culturels seront préservés…dans la mesure du possible.

 

On peut se poser la question de savoir comment des modifications organisationnelles n’influeront pas sur la forme et/ou le contenu de nos formations.

Donnons deux exemples dont il a été question lors de cet entretien.

 

Le premier concerne l’émargement quotidien des stagiaires. A ses yeux, il pose problème car il est difficilement contrôlable et cela induit des difficultés dans la facturation des journées de formation adressée aux financeurs (Conseil Régional et dans une moindre mesure, la DRASS). Cela est tout à fait entendable et si un problème d’absentéisme peut être relevé, il est également vrai que cela remettrait, un peu plus encore, le principe de responsabilité individuelle, déjà mis à mal, dans le parcours de formation prôné par l’institut.

Imposer un contrôle strict des émargements dans un souci financier impliquerait, de fait, un contrôle strict des individus et entérinerait un rapport de méfiance accru à l’égard des stagiaires. N’a-t-on pas d’autres alternatives pédagogiques que la carotte et le bâton ?

 

Le second exemple que j’évoquerai, ici, concerne le statut de nos formateurs. En l’espace d’un an, le nombre de formateurs en CDI est passé de 90 à 80 et de 650 à 680, pour les vacataires (cf. Livrets d’accueil 2006/2007 et 2007/2008). Il est facile de comprendre que ces choix ont été dictés dans un souci d’économie, et que ce sont ces mêmes soucis qui ont engendré la commande et la conduite de cet audit. On peut, alors, aisément imaginer ce qui pend au nez des formateurs…et des personnes en formation.

En effet, ces « formateurs occasionnels » sont, par définition, présents de façon perlée et souvent en attente d’un contrat moins précaire, ici et surtout ailleurs. Cela pose le problème de la continuité dans l’accompagnement des stagiaires, mais aussi d’un engagement, naturellement, moindre et plus frileux de leur part.

 

Si, au vu des difficultés financières de l’institut St Simon, nous sommes conscients de réajustements nécessaires pour assurer sa pérennité, nous sommes également conscients de notre place « d’utilisateur » et de financeurs de ce même établissement. C’est pourquoi, nous continuerons d’informer nos pairs des enjeux en cours au sein de l’institut St Simon. C’est, aussi, la raison pour laquelle nous demandons à la direction que les décisions ne soient pas prises par le comité de pilotage, composé du Directeur Général de l’ARSEAA, du Directeur financier de l’ARSEAA, d’un membre du Conseil d’Administration et de la Directrice de St Simon et mis en place dans le cadre de cet audit, sans que l’avis des principaux concernés ne soit entendu et, dans une certaine mesure, pris en compte.

 

 

Vincent

Pour Acte(s) là !

 

14.10.2007

Nous ne ferons que…

Dès l’aube, nous nous sommes amarrés aux abords de notre petite conscience. Nous avons regardé le monde à travers son épaisse brume pour constater qu’il n’était plus tout à fait le même qu’hier. Ce bref constat n’était pas simplement lié au principe même de l’évolution de notre espèce. Il était, à l’évidence, également lié aux parfums de moins en moins dissimulés d’un monde toujours plus économique. L’individu lui-même, contaminé par ces nouvelles contraintes, semble rationaliser jusqu’à sa propre pensée. Il espère trouver, dans cette nouvelle forme de conscience, un confort personnel qui l’installera à bonne distance des vicissitudes de notre histoire. Ne plus penser à l’autre et profiter, jusqu’à ce qu’un autre ne pense plus à nous. Ceci étant le précepte simple de l’économie qui découle d’une analyse élaborée sur l’individualisme. Après tant de chemin, qui aurait pu croire que l’humanité serait réduite à l’uniformisation des comportements dans ce qu’ils ont de plus archaïques ? 

 

Aujourd’hui, nous sommes tous pris dans la fièvre du libéralisme. Plus personne ne peut briguer un soupçon d’indépendance. Bien ! Qu’il en soit ainsi ! Toutefois, il me semble important, au risque de passer pour des personnes arrogantes et déplacées, de nous transformer en grains de sable. Grains de sable munis de parole et qui apparaîtront comme des incongruités dans les rouages déshumanisés des sphères décisionnelles. Nous ne ferons qu’être vigilants, nous ne ferons que réfléchir, nous ne ferons que questionner, nous ne ferons qu’informer. Nous poserons sans prétention, un regard simple sur  les agissements de ceux qui 

dirigent. Non pas pour les importuner mais pour que tous nous comprenions de quoi demain sera fait. Cette démarche nous l’aurons en tant que citoyens, même si ce terme reste à redéfinir, mais également en tant que professionnels de secteurs où l’accompagnement de l’humain est prégnant. Aujourd’hui nous sommes dans l’obligation de constater que les valeurs humanistes qui ont jusqu’ici porté la profession sont à leur tour sacrifiées sur l’autel de la logique économique. Quelle sera alors notre mission dans l’avenir si l’accompagnement de personnes en difficultés devient une valeur marchande ?

 

            Notre réflexion n’a rien de politique. Elle pointe simplement le problème de dissociation entre le motif de notre engagement professionnel et les objectifs financiers qui concernent les décideurs. Le métier d’éducateur spécialisé semble être d’un exercice difficile au vu de cette dichotomie. Il en sera vrai également pour tous les métiers de l’humain. Nous souhaitons au travers de ce blog balayer un ensemble de points de vue des différents acteurs concernés par cette situation. Nous vous invitons tous à apporter des témoignages ou bien à commenter l’ensemble des pensées que vous pourrez y trouver.

 

 

                                               

                                                                                                Boris

Pour Acte(s) là !

Attention…ça glisse !

Dans le cadre de notre formation, nous avons lancé une invitation au débat en direction des étudiants, des formateurs et des membres de la direction pour la date du 17 septembre 2007.

Cette initiative est née d’interrogations liées aux transformations profondes dans le secteur du travail social. Interrogations latentes qui se sont matérialisées dans les événements secouant l’Hôpital de jour pour adolescents St Léon, mais surtout par le positionnement adopté par l’association gestionnaire (ARSEAA) face aux revendications des grévistes.

Notre centre de formation dépend de cette même association. C’est en ce sens que nous avons jugé pertinent de soumettre à débat public la teneur des valeurs et principes revendiqués par l’institut St Simon.

Malheureusement, nous avons constaté l’absence de tout membre de la direction. Aussi, nous nous sommes penchés sur le livret d’accueil distribué en ce début d’année ainsi que sur celui qui le précédait. Par ce comparatif nous avons tenté de dégager les principales modifications imposées par cette nouvelle direction.

S’agit-il d’un continuum ou d’une remise en cause radicale des valeurs et principes traditionnellement affichées ?

Ni l’un, ni l’autre…nous serions plutôt en présence d’un concept cher à notre nouveau président : la rupture tranquille. Expliquons nous.

A première vue les deux supports étudiés semblent être identiques en tous points. Mais si l’on s’attache à y regarder de plus près, comme on devrait le faire pour un contrat d’assurance, on peut s’apercevoir que des modifications substantielles y ont été portées.

Nous nous sommes attachés, ici, à n’en retenir que trois mais ô combien parlantes.

 

Ainsi, dans l’édito 2006/2007 est stipulé que « le processus de formation (…) nécessite de s’engager dans un travail de transformation, pas que de soi-même, mais de sa position dans la relation à l’autre, dans sa capacité à trouver, à prendre et à tenir une place et dans sa volonté d’inscrire son parcours personnalisé dans un dispositif collectif au sein duquel un accompagnement est mis en place ». Dans le même paragraphe, cette fois version 2007/2008, on été retiré les termes « trouver » et « prendre » sa place, et ce au profit exclusif de « tenir » une place.

Ce qui différencie un objet d’un sujet tient dans le fait que ce dernier a accès à la réflexion et à la prise de décision quant à la place qu’il désire tenir.

 

Dans le même esprit, il nous était suggérer « d’articuler et surtout de mettre en perspective au regard de l’évolution des besoins des populations, de leurs environnements et la façon  dont ces questions sont traduites dans les projets d’établissement ». Aujourd’hui, il nous est proposé d’articuler ces « besoins » en fonction des «  réponses apportées par les projets d’établissement ».

En un mot, c’est aux « besoins des populations », et donc aux usagers de s’adapter aux « réponses apportées par les projets d’établissement ». Voilà un nouveau paradoxe à prendre d’urgence en considération !

 

Enfin, dans l’édition 2006/2007, il est écrit que nous ne sommes « pas des élèves et il n’y a pas de classes ». Dans la dernière mouture, cette mention disparaît tout simplement.

On peut donc penser que notre centre de formation se transforme, petit à petit, en un lieu de transmission de savoir ordinaire. Savoirs directement applicables, mais non interrogeables.

 

Et ben nous, on s’interroge…

 

Vincent

Pour Acte(s) là !

La meilleure des polices

 

La meilleure des polices ne porte pas l'uniforme
Double, triple, trouble, incolore, informe.
Elle s'imisse en tout. Se mêle de tout.
Se r’ssent partout. Central, sans bruit.
Sans rien d'écrit, sans aucun parfum
De la moindre gâchette. Parfois même avec
Des talents de poète.

La meilleure des polices demeure inégalable,
Dans l'art de tous nous mettre à table.
Tous en place, tous remit en cage, doux, sage,
Sans effusions ni rages. Aucun usage
D'aucune trique, d'aucun bracelet
A serrure métallique.

La meilleure des polices n'extorque pas
De renseignements. Elle ne gâche pas son temps
Des heures durant, au fond d'un poste puant,
A faire couler le sang du dernier chlag,
échoué en cellule de dégrisement.

La meilleure des polices chasse sur les terres
Du paradis sur terre qu'elle vend clé en main,
Ou connaît le moyen de t’procurer l'envie de
Rien, la peur de tout, l'effroi d’la joie
L'angoisse du chagrin.

La meilleure des polices c'est, tout c’qu'on te prends,
tout c’qu'on t’laisse, tout c’qu'on tue en toi,
tout se c’qu'on t’mâche, tout c’qu'on t’crache,
tout c’que tu bectes pour garder le goût; de moisir
A crédit dans un putain de trou.
tout ce que tu bectes pour garder le goût; de moisir
A crédit dans un putain de trou.
(tout ce que tu bectes pour garder le goût; de moisir
A crédit dans un putain de trou.)


La meilleure des polices c'est ton taf, ta télé,
Tes crédits, tes anxiolytiques; neuroleptiques,
Antidépresseurs. Et tout ce que tu prends
Pour pleurer moins fort la nuit.
La meilleure des polices, c'est tes sourires forcés,
C'est tes retenues sur salaire et l’découvert
Avant la fin de la semaine. C'est la peur de faire
Un pas, puis deux, puis trois; parce qu'enfant
On t'as dit qu’t'étais une merde et qu’t'as fini
Par le croire.

La meilleure des polices, c'est tout c’qui te fait
Marcher droit avec ton propre consentement, sans jamais
Oser montrer les crocs, quand bien même on te propose
De t'enculer.
La meilleure des polices, c'est quand les pauvres savent
Rester à leur place sans besoin de les matraquer,
de leurs coudre la mâchoire, de les mettre au cachot.
La meilleure des polices, c'est c’qu'on t'apprends de mieux

Du berceau au tombeau.

 

La Rumeur, Du cœur à l’outrage (2007)

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