20.01.2008
Débats sur les écrits professionnels
Débat organisé par le collectif Actes là !
sur le thème :
Ecrire, c’est trancher entre soi et le réel.
Je conçois mon travail d’éducateur spécialisé comme un va et vient régulier entre le vécu et l’écrit, l’émotion et la pensée, le savoir intuitif et le savoir de connaissance.
J. CARTRY
Le mardi 29 Janvier à 19H00.
A la cendraille, 20 minutes de Toulouse
Nous contacter pour covoiturage : 06/23/36/36/65
Faites nous savoir si vous y allez avec votre voiture.
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Commentaires
De la question de la prévention en matière pénale et en matière médicale
On constate à l’heure actuelle dans les politiques publiques, la montée en puissance de la notion de prévention et celle-ci semble faire consensus car elle apparaît comme connotée positivement dans les représentations des praticiens du secteur social, médico-social et éducatif. L’origine de la prévention est tirée du secteur médical et celle-ci apparaît connotée positivement donc préférable à toute autre approche notamment curative (du soin). Elle comporte aussi une acception en criminologie et dans le champ juridique qui n’est pas sans incidence sur le travail social.
Aujourd’hui, dans les politiques publiques un changement s’opère : la prévention s’affirme avec pour critère d’efficacité et d’objectif l’atteinte du « risque zéro ». Ceci dans le travail auprès des personnes peut conduire à un travail social, non plus en terme de responsabilité ou irresponsabilité devant un acte commis mais en terme de comportements à risque que présentent tels ou tels groupes (ainsi certain comportement peut être jugé à priori comme dangereux comme l’errance). On opère ainsi par segmentation de la population qui aurait un comportement, des conduites à risque. Ainsi on s’interroge non plus sur l’acte commis et la situation singulière (situation familiale, difficultés sociales scolaires…) de l’individu mais sur un groupe construit à partir de données statistiques à partir duquel on dégage : une dangerosité probable et un comportement a priori. Ce mode de raisonnement, s’il n’est pas cadré peut aboutir à un système social liberticide c'est-à-dire que : se centrer uniquement sur les comportements à risque et les populations à « risque » peut avoir comme effet pour la population visée de créer une stigmatisation interdisant un questionnement politique et social bref une réflexion sur la question sociale du vivre ensemble. L’attention des individus se focalise sur le groupe préalablement défini. C’est ce raisonnement qui est au cœur des questions de justice actuelle autour des questions de prise en charge des jeunes (rapport INSERM) et de la rétention de sûreté. On observe donc que se met en place une nouvelle articulation dans les paradigmes juridiques entre les systèmes de répressions et les systèmes de sûreté Les systèmes répressifs étant très cadrés en Europe de part l’équidistance que met le droit entre le juge, l’ordre public et le prévenu.
Dans le système actuel axé sur la responsabilité (système répressif), ce qui n’est pas expressément interdit est autorisé. Ainsi, le champ d’exercice de la liberté est infini. En pratique, la justice pratique l’interprétation restrictive des textes juridiques : la loi s’impose au juge et à l’accusé de la même façon devant l’acte commis (compétence liée). On juge l’acte, pas la personne et on s’interroge sur les circonstances (familiales, sociales) qui ont amené la personne à tel acte. La personne est présumée innocente jusqu’à l’administration de la preuve contraire. Dans ce système, on dispose d’un cadre juridique stable et formel laissant peu de place au libre arbitre des autorités de police et de justice. La possibilité d’interprétation des textes pénaux est très limitée.
Dans les systèmes de sûreté, on cherche à prévenir à l’avance un comportement potentiellement dangereux qui serait de nature à troubler l’ordre public. On opère par segmentation d’une population et construction d’un groupe social qui à priori serait dangereux (criminologie actuarielle). Ainsi, la notion de dangerosité est posée à priori sur un groupe sur lequel une forme prévention peut dériver sur une forme de contrôle social qui sans contre pouvoir peut restreindre fortement la liberté et stigmatiser certaines populations. La notion de responsabilité (système répressif) s’oppose donc à la notion de dangerosité dans le sens où elle s’appuie non pas sur un comportement jugé a priori mais sur un acte effectif d’un individu à un moment donné. Le travail social porte sur une prise en charge singulière de la personne et sur un questionnement autour de l’acte sans préjuger du comportement futur de la personne compte tenu de son groupe d’appartenance, de sa culture…C’est en ce sens que la rétention de sûreté opère un changement de paradigme juridique : on demande à la justice de se prononcer sur un comportement futur, probable c'est-à-dire sur un crime virtuel selon l’analyse de Robert Badinter. La justice n’a plus donc pour seule finalité de punir, de réinsérer (c’est le sens originel de la prison) c'est-à-dire de réhabiliter la personne délinquante.
En outre, Ulrich Bech dans « La société du risque » met en avant le caractère liberticide que peut entraîner la recherche absolue et sans contre-pouvoir du risque 0. Le travail sur les populations peut se centrer sur l’identification et l’évaluation de la dangerosité d’un groupe au détriment d’un travail social dans sa dimension éthique et clinique s’appuyant sur une aide de la personne dans les actes de sa vie quotidienne avec pour objectif le vivre ensemble et non pas le contrôle social. Les sociétés de sûreté recherche absolument le risque zéro et dispose pour ce faire de moyens qui ne sont pas limités de façon formelle (contrairement à la compétence qui lie le juge et le prévenu). Ceci conduit au contrôle social des populations ainsi dans cette perspective on assiste à un mode de gouvernement des conduites qui dans son moyen reste doux mais qui tend à normaliser tout comportement avec pour objectif le risque zéro.
Les notions de santé mentale et de psychiatrie.
Pour certains psychanalystes, on parle de plus en plus dans les discours de « santé mentale » et de moins en moins de « psychiatrie », ce changement aurait dans une certaine mesure des conséquences sur la façon d’aborder la question de la souffrance sociale et psychologique des sujets.
On veut allouer, aujourd’hui, nous disent des auteurs sous le terme de « santé mentale », une dimension médicale et scientifique à la psychiatrie. Jusqu’à présent, la psychiatrie traitait la souffrance psychique des individus (patient, sujet, usager) avec le souci de la description fine du symptôme de chaque individu, elle travaillait donc au cas par cas compte tenu de la singularité de chaque être. Avec l’émergence du discours sur « la santé mentale » apparaît une conception plus épidémiologique de la psychiatrie et donc centrée sur le dépistage le plus étendu possible des anomalies comportementales. Ainsi, dans l’approche du sujet , on s’intéresse beaucoup moins sur les conditions d’existence, l’angoisse, la culpabilité, la honte, la faute que ressent l’individu au profit d’une approche plus centrée sur l’objectif de réadaptation en se limitant seulement à corriger le comportement de l’individu.
Pour Roland Gori, (psychanalyste et professeur de psychopathologie), le DSM (diagnostic and statistic manual) crée par la psychiatrie américaine en multipliant les catégories psychiatriques de 100 à 400 entre le DSM 1 (1950) et DSM 4 (1990) a par voie de conséquence démultiplié les possibilités de diagnostics. Ainsi, dans cette perspective chaque individu serait potentiellement et probablement porteur d’un trouble ou d’un dysfonctionnement donc à des degrés divers plus ou moins dangereux ou déviant. Ceci tend donc à étendre à l’infini le champ de la médicalisation de l’existence et les possibilités de surveillance, de prévention médico-sociale des comportements.
Cette approche ne s’est pas imposée à des sujets victimes d’un trouble mais à des sujets consentants à partir d’une batterie d’indicateur afin de former un modèle scientifique. Cette approche reste problématique pour Marie-Josée Del Volgo car elle engendre une incertitude sur l’objectif des praticiens qui est le soin. Cette conception, selon elle tend plutôt à développer de façon croissante le dépistage précoce des comportements dits « anormaux » que l’on suivra tout au long de la vie. Cette logique de « suivi » se heurte à la logique de « soin » qui garde pour espoir la guérison ou du moins l’apaisement de la souffrance. Le problème de cette nouvelle approche est qu’elle utilise des indicateurs qui sont hybrides c'est-à-dire qu’ils contiennent en eux une confusion entre ce qui relève du médical et du comportement social ou d’une dimension plus sociologique. C’est cette question qui a soulevé la critique envers l’expertise de l’INSERM sur le dépistage systématique des très jeunes enfants pour prévenir la délinquance ou toutes autres formes de conduite.
Conclusion.
Ainsi, comme en matière de justice, sous prétexte de scientificité et de prévention de certaines conduites, on risque de se focaliser sur un groupe social en opérant par segmentation au sein de la population. Cette approche de la prévention médicale rejoint sur la même question l’approche de la prévention en matière de justice car le soin et le travail sur la singularité d’un individu tend à s’effacer au profit d’une approche prédictive de la santé comme de la justice. C’est en ce sens que cette notion de prévention ne doit pas effacer ou écarter la question du soin du sujet pris dans sa singularité et unicité.
Ecrit par : ERASS Purpan | 26.05.2008
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