05.02.2008
COMPTE RENDU DU DEBAT SUR LES ECRITS PROFESSIONNELS
« Ecrire c’est trancher entre soi et le réel. Je conçois mon travail d’éducateur spécialisé comme un va et vient régulier entre le vécu et l’écrit, l’émotion et la pensée, le savoir intuitif et le savoir de connaissance. » Jean Cartry
Jean Cartry est éducateur spécialisé. Il est, avec sa femme également éducatrice spécialisée, famille d’accueil thérapeutique pour des enfants confiés par les services sociaux. Il a notamment écrit « Le cahier du soir d’un éducateur ».
Dans nos pratiques professionnelles, de plus en plus, nous sommes amenés à produire des écrits. Le pluriel prend là tout son sens, car c’est bien la pluralité de nos écrits que nous avons évoqué durant ce débat. Un texte écrit pour soi n’a pas le même sens que celui destiné à nos collègues, encore bien différent de celui qu’on enverra à un juge.
L’acte d’écrire semble être très lié à l’expression et à la sublimation de nos émotions. Ecrire permet une prise de distance avec ce que l’on vit dans l’instant de la relation à l’autre, nécessairement teinté d’affects et d’émotions. L’éducateur est constamment à la recherche d’un équilibre entre sa part d’affects mis en œuvre dans la relation à autrui et sa part de professionnel, qui implique rationalité et savoirs théoriques. En ramenant à la conscience ce qui est de l’ordre du ressenti, en le pensant, il devient alors possible de lier ces deux parts.
Une exigence éthique devrait faire de la personne sur laquelle nous écrivons notre premier lecteur ou auditeur. Il s’agit là de traiter l’autre comme un sujet et non simple objet du traitement institutionnel, dépossédé de sa propre histoire et du discours sur sa personne. L’écrit devient alors un moyen parmi d’autres pour faire percevoir à l’autre ce que l’on a perçu et compris de lui. On peut aussi ajouter qu’autrui joue ici le rôle de « garde fou » pour un discours qui pourrait être parfois tenté de s’éloigner de la réalité. F. Deligny raconte qu’il amenait toujours un gosse ou deux lors de ses conférences…. Ce qui lui évitait de dire quelques bêtises ! Ainsi, nous sommes les témoins de ce que l’enfant vit, et lui-même devient le témoin de notre discours sur lui. Il est d’autant plus essentiel d’avoir des « gardes fous » que l’écrit peut être source de pouvoir sur autrui. N’oublions pas qu’un simple texte, notamment lu par une instance décisionnelle (ASE, juge, psychiatre, etc.) peut avoir des conséquences sur toute une vie. A une moindre échelle, l’écrit peut venir figer la personne dans le regard de l’autre…Gardons nous d’enfermer les gens dans des cases…
Le cadre actuel (démarche qualité, etc.) tend à nous demander toujours plus d’écrits. Certains d’entre eux nous apparaissent parfois comme dénués de sens car, trop standardisés, il ne traduisent pas les réalités que nous vivons. D’autres nous apparaissent comme potentiellement dangereux car, à l’instar des bases-élèves dans les écoles, ils pourraient vite devenir des instruments de contrôle. Il semble essentiel, afin que nous puissions rester maître de nos discours, de créer nos propres outils de travail, au risque sinon de nous les voir imposer.
Ajoutons que ce métier nous amène aussi à être témoin de réalités sociales, à être récepteur de paroles, que notre rôle est peut-être aussi de porter et de transmettre. Chacun de nous a une responsabilité vis-à-vis de ce qu’il voit et entend. Un des termes-clé apparu lors du débat est celui de l’engagement qu’implique le fait d’écrire. Ecrire, c’est, à un moment, prendre position, poser un acte qui nous engage vis-à-vis d’autrui et de la société.
Adèle
10:32 Publié dans Débats | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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